J'emboîtai instinctivement son mouvement déambulatoire. Après deux ou trois dizaines de mètres je pouvais
fermer le yeux et sentir la parfaite adéquation entre mon rythme et le sien. Ma jambe gauche s'avançait exactement au même instant que la sienne. Mon pied droit quittait le sol au moment même où
le sien se soulevait. Je n'avais pas besoin de regarder les basculements de son bassin pour éprouver la sensualité de ses hanches : je la vivais dans ma propre évolution. Nous communiions dans
notre marche, j'en étais persuadé.
par Olivier
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Parce que bien sûr je n'ai pu résister à l'attraction de la béance. Je me suis avancé un peu plus. Des murs de briques bicentenaires
étaient éventrés mais se dressaient face aux coups répétés du buldozzer. Des trous jouxtaient des tas dont on ne savait s'ils résultaient des trous où s'ils leur étaient destinés. Je fus
pris d'un vertige, augmenté par le vacarme qui parasitait mes pensées. Je m'en retournai et repris mes esprits pour réaliser que je n'avais jamais interrompu si durablement ma course
matinale. Je pris à ma gauche et repassai devant le chausseur. Stupeur ! Une femme en sortait à ce moment. Il me fallut quelques secondes pour la reconnaître : je la voyais pour la première fois
de dos. Son sac jeté sous son bras, la main droite repoussant une mêche sur les épaules, en six pas elle semblait avoir trouvé son rythme. Elle marchait dans une parfaite régularité de
mouvement. Du talon à la nuque, aucune partie de son corps ne semblait souffrir des heurts continuels des pieds sur les dalles. Chaque torsion paraissait légitime et douce. Pas une contraction
dans les jambes n'était une resistance au choc : ce corps avait dompté la chaussée. C'était incroyable : moi qui avais réussi grâce à ce qui avait représenté, autant que je pouvais en
juger, de vrais efforts, à maîtriser l'art de la marche à pieds pour optimiser mon trajet domicile-travail, je me trouvai à faire mes premiers pas, infiniment loin derrière cette championne
toutes catégories.
par Olivier
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